Généralités, à chier

janvier 25, 2009

La question du jour, c’est « à quoi sert de généraliser ». Il y a quelques temps déjà l’Auteur (c’est ma période mégalo) vous avait démontré avec brio (mégalo je vous dis) que les pilotes c’était bien mais uniquement si on comparait ce qui est comparable. Il concluait de façon lumineuse (je vous ai parlé de ma mégalomanie ?), du type « parce qu’une bande de connards est pas capable de lire un graphe ». Alors je vous vois venir. Vous allez prendre la défense des petits (comme jadis vos ancêtres les braconniers). Eh bien l’Auteur va le faire aussi.

Il existe ce qu’on appelle les coûts fixes. Ils ne varient pas avec le nombre d’unités produites. Par exemple, la location de votre baraque à frites est payée une fois pour toute. En revanche les patates achetées sont proportionelles au nombre de frites vendues. Imaginons maintenant deux systèmes en concurrence. Un beau graphe, ça va être ça.

cout1

Bon alors pas d’ambiguité me direz-vous. Le nouveau système là il est mieux, il coûte moins cher et tout.

Vous êtes bien sots. En effet les nazebrocks qui gèrent les entreprises savent pas faire des graphes. Par contre ils calculent des coûts moyens unitaires (combien coûte une unité produite). Et là, ça fait mal. Alors un graphique encore plus beau , ça serait ça :

cout21

Selon la quantité produite respectivement par les entreprises, le coût moyen peut être très grand ou très petit. Indépendamment ou presque des coûts réels. Et encore, si on prend le coût de la dernière unité produite, des fois c’est quasiment nul (les courbes toutes droites là, c’était pour que vous compreniez).

De façon encore plus simple : soient deux baraques à frite. L’une a 1000 euro de loyer, et l’autre 500 euro. Sinon elles sont strictement identiques : les patates ne coûtent rien. Eh bien si le mec à 1000 euro de loyer vend 10 cornets de frites, son coût moyen unitaire est de 100 euro. Si l’autre ne vend que 2 cornets de frites, son coût moyen unitaire est de 250 euro. Et d’en conclure des trucs idiots.

Bon dans l’idée, prendre le coût du premier gamin alors qu’il a fallu construire l’école, recruter les profs et la cantinière, payer un ministre et tout, et comparer avec le coût du dernier élève à qui on donne un cahier et qui suit les cours des autres, faut pas être malin. Voire sacrément con. Et pourtant, hein.

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Pilotes, aux chiottes.

janvier 20, 2009

Qu’est-ce qu’un pilote ? Ce n’est pas celui qui manque dans l’avion, non non. Ce n’est pas non plus un poisson, non non. C’est une petite expérience qui est censée nous éclairer et nous donner des informations sur le modèle général. Alors comme il paraît que y’a trop de texte et pas assez d’images, BAM dans votre face (oui je suis direct et vulgaire, mais je vous vouvoie, on a pas gardé les résidus ensemble).

effectif3

Pourquoi l’efficacité diminue avec l’effectif ? Eh bien au début, vous prenez pour votre expérience uniquement des gens motivés et compétents. Et puis il faut recruter un autre gus, alors on est moins regardant sur la qualité. Et puis quand vient le 12031è prof à recruter, bah, s’il sait tenir un stylo on l’engage. Donc l’efficacité diminue avec l’effectif.

Alors dans votre expérience pilote, le niveau d’efficacité observé est e2. Il est élevé, tout ça, c’est génial.

Par contre le niveau d’efficacité observé pour l’ensemble de votre système, il est de e3 (parce que vous venez de fêter le recrutement de votre 12031è prof).

Et là, un politicien quelconque vous dit « ah oui mais c’est nul votre système, regardez avec le nouveau système là, on a une efficacité de e2 par classe, alors que avec l’ancien on a e3 eh, bouh, ouh, c’est nul » (oui souvent le niveau de language est peu élevé, voire médiocre).

Non, faux, dit le sage. Si on compare ce qui est comparable, à savoir l’élément le plus productif (le 1er prof recruté) avec l’autre élément le plus productif (la classe pilote), eh bien les niveaux d’efficacité comparés sont e1 et e2 (e1 ancien système, et c’est plus élevé). Manque de bol, le nouveau système est moins bon. Et s’il était généralisé, le nouveau système produirait e4 … qui est moins bon que e3. Donc on aurait tout perdu, c’est nul.

Et ça marche pour plein de trucs : petite usine vs grosse usine avec comparaison des coûts moyens, industrie du luxe vs grande distrib’, grandes entreprises vs petites entreprises, enfin tout quoi. Tout ça parce qu’une bande de connards est pas capable de comprendre un graphe.

Demain si vous êtes sages on parlera des coûts fixes en plus, ça va faire croiser les courbes, vous allez adorer.

Ordre de grandeur

janvier 18, 2009

Sois grand et tais-toi. C’est en substance ce qu’avait dit Marshall à l’Europe il n’y a pas si longtemps, pas parce que c’est cool d’aider les pays mais parce que le rouge s’accorde mal avec un mode de vie bourgeois. Alors au milieu des choses et des machins, des chiffres de charlatans et de la ronde des prévisionnistes, on va s’amuser à l’exercice de l’ordre de grandeur. Tout est en dollars, parce que le vert c’est cool (à part pour l’académie française).

PIB mondial : 51 000 milliards

PIB Etats-Unis : 14 000 milliards

PIB France : 1 800 milliards

PIB Chine : personne ne sait. Vers les 1000 milliards sûrement.

Chiffre d’affaires de Total : 193 milliards

Chiffre d’affaires de General Motors : 121 milliards

Madoff : 50 milliards

Kerviel : 4 milliards

Record bonus personnel de la City : 1,2 milliards

Comme disait l’autre : un milliard par-ci, un milliard par-là, et à la fin on a un peu de monnaie.

Bon alors il faut préciser que le PIB c’est l’ensemble de la production d’un pays pendant un an. Le plan de relance américain, c’est donc en gros 10% de PIB, ce qu’on appelle 10 « points » de PIB.

La relance française, c’est un point de PIB, et la relance européenne misait sur 3 points dont un pour la recherche : projet avorté.

A titre de comparaison, le plan Marshal c’était 17 points de PIB américain. Par an. Pendant cinq ans. Pour le continent européen, donc les « autres ».

Ah oui mais que voulez-vous, autant arriver à ses fins politiques ça n’a pas de prix, autant relancer la consommation, ça n’a des effets qu’à long terme, et il faut bien qu’on pense à être réélus. Même les pauvres votent, mais généralement il suffit de peu pour qu’ils soient contents.

Le fait qu’à long terme, cette attitude soit improductive ? Bah, laissez-nous bosser un peu.

Aujourd’hui, considérons la carte postale d’Olivier B., qui m’écrit de Neuilly pour faire entendre sa voix, faire passer un message et autres barbarismes journalistiques :

« L’économie c’est trop moche, ça prend pas en compte les gens ce qu’ils sont vraiment et ce qu’ils veulent. »

Cher Olivier,

Tu es bête, ou carriériste, mais sûrement pas les deux. L’économie en effet est à la base une discipline qui se voulait une branche de la philosophie, d’où un but noble : à défaut de réenchanter le monde, le comprendre. Les transferts monétaires ne sont qu’une petite partie de la discipline mais particulièrement intéressante puisqu’elle relate d’échanges d’une unité hypothétique qui permet de chiffrer les préférences des agents  pour les produits (une voiture vaut environ 8000 carambars pour le péquin moyen).

Même si tu prônais (hypothèse de travail) un monde anti-capitaliste,  et que tu arrivais à tes fins, l’économie resterait.

En espérant avoir répondu à ton absence de questions,

L’auteur du blog

(vous pensiez franchement pas que j’allais mettre mon nom quand même ?)

En avant.

janvier 1, 2009

Une fois n’étant pas costume, et comme j’ai retiré le traditionnel smoking, aujourd’hui sera placé sous le signe de l’espoir le plus fou et du positivisme forcené. Rapide introduction donc sur deux jolis thèmes : les préférences et les jeux à somme nulle.

Supposons que tous les hommes de la terre aient les mêmes goûts. En termes économiques, ça veut dire que tout le monde met le même « prix » sur tous les objets. Alors le possesseur d’un objet ne voudrait jamais l’échanger à quelqu’un d’autre, car il n’y gagne rien. Vous me direz, avec la lenteur d’esprit et la balourdise attendrissante qui vous caractérise, que « oui mais ya bien des prix aux marchandises qui sont les mêmes pour tout le monde, l’autre hé ».

Certes. Ces prix ne reflètent pas de l’égal goût de chacun pour le produit, mais d’un équilibre entre ceux qui trouvent que « c’est trop cher » et qui n’achèteront pas (mais qui sont susceptibles de vendre) , et ceux qui trouvent que « c’est pas si cher que ça » (qui seront susceptibles d’acheter). En somme et en résumé, une grande part de l’économie tourne uniquement parce que nous sommes différents et accordons des valeurs différentes aux choses. Le lecteur intéressé (rigolote cette expression, si vous êtes pas intéressé qu’est-ce que vous foutez là ?) pourra avaler les divers écrits sur la normalisation des préférences à cause de la publicité, toute une littérature se fait jour sur le sujet, y’a plein de choses à trouver, avis aux thésards en manque d’inspiration.

Au fait (ça n’a rien à voir), vous connaissez le poker ? Il a la particularité d’être un des jeux à somme nulle les plus célèbres. Ca signifie que toute somme gagnée par quelqu’un a été perdue par une ou plusieurs autres personnes. En gros, c’est de la répartition d’un pool de richesses déterminé au départ.

Une des idées intrinsèquement fausses et néfastes bien que très répandues  dans une société industrialisée est que l’économie est un jeu à somme nulle. Le raisonnement consistant à dire « les ressources de la terre sont limitées, et tout n’est que transformation de ressources, donc c’est une somme nulle » est séduisant de simplicité, mais la dignité métaphysique (et accessoirement le seul succès incontestable) de l’homme réside bien sa capacité à innover. L’innovation technologique joue un rôle central dans la théorie économique. Avant, avec un bout de métal et du bois, on faisait une machette, maintenant on fait un iPhone. La création de valeur ajoutée est claire (encore que, essayez de tuer quelqu’un avec un iPhone… ah oui mais en fait … ah d’accord !) et tout ça grâce à l’animal à deux pattes ou plus précisément à son génie, qui est en fin de compte la seule valeur sûre de l’économie, et qui est la vraie raison de l’élan en avant sans lequel, au final,  on s’emmerderait sec. Le lecteur intéressé (elle est drôle cette expression non ?) pourra lire Solow (à qui votre serviteur a serré la main, parfaitement), lire Bourdieu pour se rendre compte que les entrepreneurs font aussi de la morale, et enfin se nourrir aux différentes controverses économiques (impliquant notamment les trois principes de thermodynamique) quant au potentiel maximum de transformation de ressources par la main humaine (et encore, il reste tous les territoires où la main de l’homme n’a jamais mis le pied).

Et pour cette nouvelle année,

Yalla !

comme disait l’autre.