Armstrong. Relance Armstrong.

février 8, 2009

Salut lecteur. Aujourd’hui, pas de ton condescendant ou de méchanceté gratuite, parce que je t’aime bien au fond. Et puis là, il y a trop de choses consternantes pour faire du pouet pouet nichon. Aujourd’hui on va parler politiques publiques, couchez les enfants ça va être sanglant.

D’abord on va se mettre d’accord sur les termes « relance par la consommation » et « relance par l’offre ».

Dans la conception actuelle de gouvernance, l’Etat se substitue à toutes les tâches que le privé ne peut pas fournir. On appelle ça monopoles de l’Etat, et parfois fonctions economico-régaliennes. En gros, on voit mal comment la justice ou la sécurité seraient assurés par le marché. Donc on prélève un peu à chacun (c’est les impôts) et on réinjecte dans ces domaines-là. A côté de cette tâche, l’Etat a vocation à encadrer l’économie, notamment à coups de lois restrictives. Et puis d’autres fois encore, l’Etat s’introduit carrément dans le marché comme dans le cas des banques et de la crise.

Toutefois, l’action de l’Etat est censée être globalement neutre. On vous rebat les oreilles de mesures à coût nul, de plan de relance qui va être payé par la relance, tout ça. C’est partiellement vrai, mais c’est un pari.

Je vous avais sommairement expliqué le principe d’une relance par la consommation. Il s’agit d’embaucher un fonctionnaire, qui va acheter une Renault. Renault va embaucher un apprenti, qui va aller acheter sa baguette, le boulanger va prendre un apprenti, etc… L’Etat taxe tout ce beau monde et récupère son euro. Au final, la mesure n’a aucun coût, ou un coût réduit, et a été seulement psychologique : c’est un élan en avant. Le problème, c’est que le fonctionnaire achète une BMW, donc on ne peut pas le taxer et l’euro d’investissement est perdu.

La relance par l’offre, à l’inverse, consiste à donner de l’argent aux entreprises (aide à l’investissement, aide à la création d’entreprises). Les entreprises sont obligées d’embaucher un mec supplémentaire. Mais il va acheter des produits français puisque il y a des nouveaux produits, créés par les nouvelles entreprises qui ont été créées dans le cadre des aides de l’Etat.  Ici encore la somme des taxes permet que le coût de la mesure soit nul, ou réduit. Toutefois, si les entreprises aidées se cassent la gueule à cause de la concurrence chinoise, l’euro d’investissement tombe à l’eau.

(Je vous mets en annexe les formules mathématiques, parce que ça intéresse pas grand monde. Elles ne sont pas nécessaires à la compréhension)

Maintenant, on est d’accord sur les termes et la philosophie de ces deux mesures. La question est : que faire ? Eh bien là, on entend n’importe quoi. Vraiment n’importe quoi. Et en partie à cause de ce dont j’ai parlé dans les quelques posts juste avant.

Un plan de relance est une mesure dynamique. C’est-à-dire qu’on part d’un point A et on va à un point B. Mais on ne refait pas le chemin du début jusqu’au point A.

Alors par exemple quand on entend des choses comme « Oui mais les Français consomment des produits français à 70% donc une relance par la consommation peut fonctionner », c’est faux. Juste FAUX. Tout simplement parce que dans les 70%, il y a 25% de logement et 40% d’alimentaire. Si vous donnez 1000 euro de plus à un Français, le Français ne va pas louer une deuxième maison et trois kilos de tomates en plus. Le Français va s’acheter une télé écran plat de marque chinoise. L’important est de regarder ce qui SERA acheté, pas de faire des projections à la louche en partant d’une situation non comparable.

De la même façon, on entend « oui mais les PME françaises ne sont que 3% à exporter, ça sert à rien de leur donner de l’argent puisque les français n’ont pas d’argent ». Là encore, si on injecte 1000 euro dans la production, on aura pas 3% d’entreprises qui exporteront. Il suffit de favoriser les entreprises qui ont un projet international dans l’attribution des fonds. Et on les aura, nos exportations.

Vous allez me demander pourquoi je m’énerve. Pour deux raisons.

La première, c’est que l’immense majorité des connards qui entretiennent la confusion sont parfaitement au courant de tout ça. Ils n’ont juste pas les couilles d’y aller.

La deuxième, c’est parce que si le plan de relance foire, c’est direct dans la dette. Et la dette, y’a pas 36 solutions : soit elle est payée par vos enfants avec des sous, soit elle est payée par vos enfants avec leur sang. On a jamais vu un pays endetté à plus de 150% de son PIB s’en sortir autrement qu’avec une guerre.

La France juste pré-Napoléon était endettée jusqu’au cou suite à une gestion publique désastreuse. L’Allemagne de 39 était endettée suite à la crise de 29 et une volonté des vainqueurs de 14 d’assécher le pays. Les States, à l’époque ont largué Hiroshima pour effacer leurs comptes. Et actuellement, ils sont endettés chez les Chinois. Il se dit que Colbert s’était vu demander « Avez-vous de l’argent pour la France ? » par le roi. Il lui répondit : « Avez-vous des soldats ? »

Annexe : chiffres chiants

On dit que la proportion de consommation est 0<P<1. la proportion de réinvestissement de chaque agent est de 0<I<1. Le taux d’imposition des salaires uniquement est 0<R<1.

Première étape : on investit 1.

Deuxième étape : le fonctionnaire achète P

Troisième étape : l’entreprise investit P*I

Quatrième étape : on taxe à hauteur de R : P*I*R. On a donc gagné P*I*R et l’employé a P*I*(1-R)

Cinquième étape : on recommence avec un investissement de P*I*(1-R)

Ca donne P*I*R + (P*I)²*R*(1-R) + ….. soit R* [ (P*I) + (P*I)²*(1-R) + …] ou encore la belle formule :

R/(1-R) * [(P*I*(1-R)) + (P*I*(1-R))² + ….. ]

qui peut être réécrite si on fait un peu de maths :

[R/ (1-R) ]*[ 1 / (1-(PI (1-R)))]

On remarque que le gain total croît en fonction de P (la propension à dépenser des employés), I (la propension à investir des entreprises).

On remarque aussi que si R ne doit être ni trop grand (on pique tout au premier employé, donc il a plus rien pour acheter sa baguette) ni trop petit (l’employé est encouragé à épargner plein de sous et ne rien réinjecter dans l’économie).

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